Bouffées et C’est toi qu’on adore de Leïla Ka

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Bouffées et C’est toi qu’on adore, la rage au ventre de Leïla Ka.

LeIla Ka au festival Séquence danse au 104 de Paris

Dans le cadre du festival Séquence Danse qui se tient au 104 Paris jusqu’au 17 mai la jeune danseuse et chorégraphe Leïla Ka, artiste associée du lieu, présentait deux de ces dernières créations : Bouffées pièce pour cinq interprètes, récompensée au dernier concours Danse Elargie et C’est toi qu’on adore initialement un duo et proposé ici dans une nouvelle version élargie aux cinq mêmes interprètes de Bouffées.

Leïla Ka est une jeune danseuse que l’on suit depuis que l’on a vu son premier solo Pode Ser en 2017. Son parcours croise les danses urbaines et la danse contemporaine et théâtrale de Maguy Marin pour laquelle elle dansa May B. Lors de sa sortie de résidence à l’Etoile du Nord en 2021 pour son dernier solo Se faire la belle, nous l’avions questionnée sur son envie éventuelle de créations de pièces pour plusieurs interprètes. Elle nous avait répondu qu’elle y songeait. Avec Bouffées et C’est toi qu’on adore, c’est maintenant fait avec brio. 

Bouffées, une chorégraphie de la douleur.

Bouffées est la première création de Leïla Ka pour un groupe de danseuses. C’est une pièce courte d’une dizaine de minutes qui met en danse le désespoir, la mélancolie. Cinq jeunes femmes habillées de robes un peu vieillottes à motifs floraux émergent de la pénombre dans un rayon de lumière zénithale. Elles ont la mine triste, les mains posées l’une sur l’autre devant le ventre, dans une forme de résignation. Peu à peu, les bras se mettent en mouvement et portent les mains à hauteur des visages peau contre peau : le dos de la main cache une partie du visage, essuie une larme, se pose sur le front.

Images de la douleur. Les gestes se répètent, s’accélèrent et gagnent en intensité ; les corps sont pris de soubresauts, les respirations deviennent sonores, haletantes et donnent le tempo. Une chorégraphie de l’affliction se dessine sous nos yeux avec ses unissons de gestes et ses arrêts sur image. Jusqu’aux chutes sonores, que précèdent des bras qui se tendent vers on ne sait quoi (une main, un futur possible, une embellie ?). Des chutes dont elles doivent se relever immédiatement, reprises par cette mécanique des gestes de la douleur. Chuter mais se relever. Toujours. Une chorégraphie implacable et fascinante qui nous attrape et ne nous lâche plus.

C’est toi qu’on adore.

La pièce C’est toi qu’on adore est à l’origine un duo devenu quintet à l’occasion de ce festival de danse. Les cinq danseuses sont cette fois-ci vêtues de blanc. À l’opposé de Bouffées qui proposait une chorégraphie ancrée, ici les danseuses explorent l’espace par des déplacements continus dans une danse qui semble s’inspirer des arts martiaux avec des bras qui fendent l’espace.  C’est une chorégraphie de lutte sur l’air de la Sarabande de Haendel (celle de Barry Lyndon) dans une version tout d’abord aigrelette comme jouée sur un orgue Bontempi.

Ici encore, la gestuelle est vive, l’urgence est palpable. Les corps chutent, roulent au sol, se relèvent à genoux ou debout et repartent à l’assaut dans une boucle sans fin. Avant que ne réapparaissent un court instant les gestes de la douleur de Bouffées qui dessinent alors une relation subtile entre les deux pièces. La chorégraphie se terminera sur une version orchestrale de la Sarabande d’Haendel, puissante cette fois-ci, voire martiale (peut-être trop).

Leïla Ka qui s’est fait remarquer jusqu’à présent par des solos minimalistes et rageurs, montre avec ces deux pièces de groupe qu’elle est prête à jouer dans la cour des grand.e.s. On attend maintenant une version longue d’une de ses pièces.

Bouffées et C’est toi qu’on adore de Leïla Ka vues au 104 le 03/04/2023
Chorégraphie : Leïla Ka
distribution : Leïla Ka, Jane Fournier Dumet, Océane Crouzier, Zoé Lakhnati et Aïda Ben Hassine.
Site de Leïla Ka

Lire notre article sur Se faire la Belle.