Les jolies choses de Catherine Gaudet

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Les jolies choses de Catherine Gaudet : un ballet mécanique contemporain, hypnotique et envoutant sous son minimalisme apparent.

Récompensée par le Grand prix de la danse de Montréal de 2022, présentée à la Biennale de la danse de Lyon en septembre dernier, Chaillot accueillait la pièce Les jolies choses de la chorégraphe québécoise Catherine Gaudet dont on a vu au mois d’octobre dernier le solo Se dissoudre (lire notre article) programmé au Carreau du Temple ainsi que l’Affadissement du merveilleux l’année précédente au même endroit. Ce n’est pas une inconnue dans le paysage chorégraphique français.

Minimalisme gestuel.

Sur un plateau totalement dépouillé 2 hommes et 3 femmes vêtu.es de simples justeaucorps comme ceux des lutteurs sportifs et chaussettes aux pieds, apparaissent brusquement sortant du noir total, disséminé.es çà et là. Caroline Gravel, l’une des interprètes du quintette, débute un mouvement qu’elle répète en boucle durant de longues minutes. Elle plie légèrement les genoux, tend ses deux bras devant elle et recommence. Une petite mélodie de voix se fait entendre au lointain bientôt soutenue par une phrase d’orgue façon années 70 qui n’est pas sans rappeler, sans doute par l’effet d’une proximité temporelle, le Einstein on the Beach vu récemment. Ici la boucle de quelques notes, qui montent et descendent à l’infini avec quelques variations et accents, va insuffler son caractère hypnotique à la pièce et surtout lui donner un tempo qui ne faiblira jamais.

Le quintette entame des séquences de gestes à base de flexions et d’extensions des bras ou de rotations du torse. Des fragments d’unissons se mettent en place. L’image de figurines de boites à musique répétant le même motif sur fond de comptine s’impose un temps à l’esprit. En rotation sur eux-mêmes les 5 effectuent des boucles de gestes à l’unisson selon une partition de mouvements simples. Ils s’alignent enfin sur un même rang qui se met alors à tourner comme les aiguilles d’une horloge. La machine est alors en place pour le reste du spectacle.

L’au-delà de l’épuisement.

Derrière le minimalisme répétitif de la composition (on pense à Colletivo Mine par exemple) transparaît une partition difficile dont rend compte l’épuisement des interprètes et au-delà. Car Les jolies choses de Catherine Gaudet est une pièce qui se défait de tout artifice. Elle ne cache rien des corps plus ou moins dénudés qui sous une lumière crue s’épuisent dans l’effort constant durant 55′, ni les souffles, ni les comptes à voix haute, ni les râles de fatigue, ni la sueur qui perle au front qu’il faut essuyer de ses mains, ni l’attache des cheveux à refaire à vue et sans s’arrêter. Le corps organique reprend ses droits sur un corps machine, individuel et collectif.

Sur une musique de plus en plus puissante, les corps se relâchent donc mais maintiennent la rigueur de la composition spatiale. Et non sans une bonne dose d’ironie ils dansent ce qui nous évoque immanquablement un french cancan, se mettent à chanter comme de petits enfants dans une cour d’école ou se lancent dans quelques facéties individuelles avant d’être repris par la rigueur du mécanisme.

Dans un final totalement inattendu diffusant une bande son au métal vociférant, qui s’est substitué à l’hypnotique partition synthétique du début, ils trouvent encore l’énergie de se lancer avec frénésie dans une séquence de danse échevelée sans rien perdre du mouvement collectif, puis prennent des poses suggestives de midinettes avant d’entrer dans des contacts tactiles les uns avec les autres.

On sort de ce ballet mécanique envoutant presque aussi épuisé que ses interprètes. On les remercie surtout d’avoir su nous amener à cet endroit où le corps reprend tout de même (un peu) ses droits et sa liberté dans un sursaut d’énergie salutaire.

Les jolies choses : chorégraphie de Catherine Gaudet
Interprètes : Dany Desjardins, Stacey Desiliers, Caroline Gravel, James Phillips, Lauren Semeschu.
Musique : Antoine Berthiaume

Les jolies choses de Catherine Gaudet, vu le 30/11 au Théâtre de la danse de Chaillot.

Cie Catherine Gaudet