Chandra Grangean et Lise Messina, les deux chorégraphes fondatrices du collectif Les Idoles, poursuivent avec STRIP leur travail sur la métamorphose des corps et des identités. Après REFACE, création centrée sur le visage et ses altérations, elles déplacent ici leur geste vers une forme élargie au collectif, où le corps entier devient le lieu de la transformation. STRIP était programmé aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis 2026.
STRIP, une métamorphose qui s’expose, se construit et se défait à vue.
Sur le plateau, cinq interprètes vêtus de gris, alignés côte à côte dans un dispositif bi-frontal, oscillent doucement d’un pied sur l’autre sur une mer de plastique, comme bercés par une brise, variant imperceptiblement leurs orientations. Arborant des perruques, les yeux clos par des sparadraps et le teint cireux, ils déploient un mouvement de balancier qui va s’amplifiant jusqu’au dénouement final, où, libérés de leurs accessoires (maquillage, perruques, matière plastique, textures), ils apparaissent enfin tels qu’ils sont.
STRIP montre un groupe qui se transforme insensiblement, dans une chaîne d’actions où les corps se manipulent, se recomposent sous les yeux du public selon une partition collective bien réglée. Les interprètes agissent tout d’abord sur eux-mêmes, puis les uns sur les autres, transformant leurs visages par l’ajout d’éléments et de textures. Chaque geste vient ajouter, défaire, retirer, altérer son identité fugace et celle des partenaires. Cette circulation crée une sensation de communauté instable, comme si le plateau devenait un organisme vivant. Le spectateur assiste à la fabrication d’un ensemble mouvant, où chaque transformation en appelle une autre.
Le spectacle fait ainsi de la métamorphose son moteur principal, soutenu par un travail sonore qui construit un environnement instable et prolonge le travail de mutation des corps. Matières électroacoustiques, souffles, textures mouvantes, donnent à la pièce une densité presque organique, comme si chaque transformation visuelle trouvait son équivalent dans une vibration sonore. Ici, le son agit comme une matière dramaturgique à part entière, discrète parfois, mais décisive dans la perception du trouble.

Du portrait à la mue.
Dans REFACE, la précédente création des Idoles, les références cinématographiques et photographiques construisaient une galerie d’apparitions, entre Shining, Diane Arbus, Cindy Sherman ou encore David Lynch. STRIP ne renie pas cet imaginaire, mais le pousse dans des directions moins précisément référencées et plus organiques, qui puise du côté du body horror. Les figures ne sont plus convoquées comme des modèles. De l’art du portrait on passe à celui de la mue et de la métamorphose.
Là où REFACE travaillait le retrait, l’apparition furtive, quasiment fantomatique, STRIP explore une intensité plus directe, plus brute. Il y a dans cette évolution quelque chose de cohérent avec le titre lui-même : un geste d’effeuillage, de mise à nu. Comme si la peau, le costume et l’image n’étaient plus pour le spectateur des surfaces à observer, mais des couches à traverser, l’une après l’autre.
Au final, la pièce confirme Les Idoles comme un collectif attentif aux hybridations aux marges des formes établies. Et c’est précisément dans cette volonté de faire de la transformation non pas un sujet, mais une écriture, que STRIP trouve sa justesse.
STRIP, Collectif Les Idoles vu le 29 mai aux Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.
Conception Les Idoles
Performeur·euses Anaïs Cabandé, Tom Grand Mourcel, Joachim Maudet, Alaïs Marzouvanlian, Chloé Zamboni, Lise Messina et Chandra Grangean (en alternance)
Conception sonore Anaïs Cabandé / dernière partie en collaboration avec Alban Mercier et Martin Malatray-Ravit
Conception scénographique, spatiale et création lumières Johanna Thomas
Regards dramaturgiques Lisa Martinez et Pauline Bigot
Coordination sonore et technique Martin Malatray-Ravit
Création costumes Lucie Grand Mourcel
Régie générale Jules Bourret
Mixage et mastering Alban Mercier
Administration, production et diffusion Elise Remy et Mélanie Garrabos
