Avec Dibbouk, Philippe Lebhar porte le deuil de son père

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Dibbouk, solo du danseur Philippe Lebhar, fut présenté aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Dans ce spectacle de 50′, le deuil devient une matière chorégraphique, entre rituels et métamorphose. Une traversée sensible où le corps se fait lieu de mémoire et d’expérience partagée.

Dibbouk est né d’un événement biographique majeur : la mort du père du danseur en 2022. Cette perte a déclenché chez lui un besoin impérieux de créer et d’interroger son identité, sa judéité.

Dibbouk, entre mémoire et métamorphose.

Dans la tradition juive, le dibbouk est l’âme d’un défunt qui n’a pu passer dans l’au-delà : elle reste prisonnière du monde des vivants, s’attachant au corps de l’un d’eux. Bien qu’il soit seul en scène, ce solo devient alors un duo : une conversation invisible avec l’âme du père, et plus largement avec la culture juive, dont le chorégraphe revisite rituels, prières et danses.

Tout d’abord présent de dos, dans un angle du plateau nu, Philippe Lebhar est comme emmailloté dans un boudin de tissu informe. Il reste planté là, de longues minutes, les yeux clos, avant d’entamer un déplacement le long du plateau. C’est le corps contraint et entravé qu’il progresse ainsi de cour à jardin, exposant aux spectateurs, répartis sur les quatre côtés, les râles de sa propre douleur et ceux de son défunt père, prisonnier de son enveloppe.

Dibbouk de Philippe Lebhar
Dibbouk, Philippe Lebhar © Loïg Garcia

Puis, peu à peu, la musique émerge. Philippe Lebhar commence à esquisser des pas de danse encore maladroits, avant de se débarrasser totalement de cette chrysalide étouffante. Cheveux défaits, enfin libéré du poids du défunt, il apparaît vêtu d’un short en jean et d’un haut de dentelle, une légèreté contrastant avec la gravité de la première partie, témoin d’un désir de transformation.

En milieu de pièce, le danseur dépose des traces de couleur rouge et bleue sur son visage pouvant évoquer les célèbres vitraux que Marc Chagall a créés pour la synagogue de Jérusalem. Dans la palette du peintre juif, le rouge évoque la douleur et le bleu le spirituel. Le peintre a par ailleurs représenté le Dibbouk dans plusieurs de ses peintures oniriques. Inspiré par cet imaginaire pictural, Philippe Lebhar fait de son visage un support de mémoire où le corps et l’esprit se rencontrent.

De l’intime au collectif.

Au cours d’un chant fredonné par le danseur, quelques personnes du public se lancent progressivement dans son accompagnement rythmique, frappant des pierres l’une contre l’autre. Le corps du danseur n’est plus seul face à son chagrin. Le spectacle devient ici une expérience collective simple et sensible, où le deuil n’est plus seulement intime mais partagé par une communauté.

Au-delà de l’intime, Dibbouk interroge ce qui, de la judéité, traverse encore le corps de Philippe Lebhar. Dans un double mouvement, il revisite des souvenirs de danses populaires vécues lors de fêtes familiales, ainsi que des pratiques issues de la prière, des rites et des traditions juives, tout en affirmant son identité.

Dibbouk dépose sur scène, une perte, une mémoire, une appartenance. C’est sans doute là la force discrète de ce premier solo partagé avec les spectateurs.

Dibbouk de Philippe Lebhar, vu le 27 mai 2026 au Théâtre du Garde-Chasse aux Lilas, dans le cadre du festival des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.

Équipe artistique : conception et interprétation : Philippe Lebhar | création musicale : Nicolas Worms | création lumière : Abigail Fowler | costumes : Enzo Pauchet et Yannick Hugron.

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