La chambre d’eaux de Marie Barbottin

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La chambre d’eaux de la chorégraphe Marie Barbottin est un spectacle pour jeune public mais pas que, une fable contemporaine qui aborde les questions liées au genre que se pose l’héroïne, une petite fille prénommée Sacha. C’est aussi un spectacle bilingue français / langue des signes.

Fille, c’est trop difficile est le titre du texte de Catherine Verlaguet, autrice pour la jeunesse, qui constitue la trame de la pièce. Le texte lu par Hortense Belhôte, signé en LSF par Yan Giraldou également danseur, nous raconte l’histoire d’une petite fille, incarnée par Marie Barbottin sur scène, qui peu à peu découvre ce que prétend signifier être une fille.

La chambre d’eaux de Marie Barbottin relate les premières expériences d’une petite fille avec le monde alentour, quittant le cocon protecteur du ventre maternel pour se heurter aux diktats de la société. C’est ainsi que commence la pièce, par ce passage de cette vie intra-utérine représentée sur scène par une baignoire (la chambre d’eaux) au fond de laquelle va disparaître et se lover Sacha et de laquelle elle est finalement expulsée.

Pourquoi fille, pourquoi garçon ?

la chambre d'eaux de Marie Barbottin
La Chambre d’eaux, Marie Barbottin © Alain Julien

Elle découvre ensuite la différence entre les sexes (un sexe qui n’est pas le même que celui de son frère – sexe manquant alors ? – et qu’on lui interdit de toucher) et doit supporter les assignations et représentations genrées que lui dicte sa mère (ce qu’elle doit faire et ne pas faire pour être une petite fille modèle). Mais Sacha ne l’entend pas de cette oreille et reste rebelle à ces injonctions dont elle ne comprend pas pourquoi elle devrait s’y plier. D’autant plus qu’elle rencontre Sacha, un jeune garçon qui porte le même prénom qu’elle et qui pourtant n’est pas soumis aux mêmes impératifs. “C’est quoi la différence” demande-t-elle ? Elle se réfugie alors dans le dessin qui prend la forme de grandes arabesques dessinées à même le sol, comme une manière d’exutoire et de retour sur soi.

Yan Giraldou, perché au-dessus de la baignoire, signe en lsf les émotions de Sasha. Il descend de son perchoir, quelques fois, pour danser avec elle. Il est tour à tour son frère, son confident virtuel, son double. Lorsque Sasha “est colère” comme elle le dit la bande son diffuse Axemen un morceau aux guitares affutées du groupe punk “riot grrrl” Heavens to Betsy. Nicolas Martz habille plus discrètement à la guitare les moments d’intimités de Sacha.

La pièce entremêle avec poésie texte, danse, langue des signes, dessin et musique pour aborder des interrogations trop peu souvent évoquées dans des spectacles pour jeune public. Et chaque représentation est l’occasion de poursuivre le questionnement avec l’équipe artistique dans un bord de plateau, afin d’offrir un espace de parole aux enfants et aux parents.

La Chambre d’eaux de Marie Barbottin vu le 04/05, jusqu’au 06/05 au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt.
Conception & danse Marie Barbottin.
Texte Fille, c’est trop difficile Catherine Verlaguet.
Danse & Langue des Signes Française Yan Giraldou.
Visuel du programme photo ©alainjln