JIMMY de Pierre Pontvianne

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JIMMY de Pierre Pontvianne à fait l’ouverture du festival June Events 2024, le festival de fin de saison de l’Atelier de Paris – CDCN. Pierre Pontvianne est chorégraphe associé au lieu depuis 2021. Il y a ainsi présenté plusieurs de ses créations, dont la très belle pièce de groupe Œ en octobre dernier (lire notre article). Avec JIMMY, il signe un retour à une forme solo comme une nécessité à “revenir à quelque chose de beaucoup plus petit, confidentiel, y compris dans la relation et le dialogue” confie-t-il (cf. feuille de salle).

Ce dialogue il le poursuit dans la création JIMMY avec Jazz Barbé. Le danseur incarne Jimmy. Enfin, peut-on le supposer. Il se présente face public, vêtu de sombre et d’un bonnet qui lui cache les yeux, on ne voit de lui que le bas du visage, les mains et les avants bras découverts. À jardin, un panneau (encore éteint) porte l’inscription suivante MCMLXXXI, soit l’année 1981 en chiffres romains. Est-ce l’année de sa naissance ou bien la date de quelque autre évènement ? Au son de bruits de cliquetis, Jimmy reste ainsi debout de longues minutes sans bouger. Un petit mouvement de rotation de tête se précise. Les épaules se voutent légèrement, reprennent leurs positions. Puis le corps s’affaisse totalement, va au sol pour un voyage énigmatique.

JIMMY de Pierre Pontvianne
JIMMY © cie Parc

JIMMY de Pierre Pontvianne est un solo qui se situe dans sa presque totalité à ce niveau le plus bas. Et c’est assez inattendu. Le corps de Jazz Barbé s’y installe allongé en maintenant une certaine “droiture” car la ligne prime toujours sur la courbe. Mains et avant bras sont les seuls fragments de corps émergents tels des icebergs et qui souvent masquent le visage. Un visage qui en dirait trop et qui risquerait de tirer la pièce vers une forme éventuelle de narration. En effet, la danse chez Pontvianne est abstraite. Cependant, de cette abstraction peut surgir des signes dans diverses variations. Ainsi cette main tendue, le pouce et l’index pincés, qui revient à plusieurs reprises. Mais ce sont des signes qui ne font pas sens. Plutôt des signes-image, telles des réapparitions fantomatiques ou hallucinées.

Lors de la performance, de brefs éclairs lumineux accompagnent des déflagrations sonores qui ne semblent pas modifier le cours des choses, ou bien de façon presque imperceptible, mais ramènent peu à peu la sensation du réel à la périphérie de la création. La fin de la performance est plus abrupte lorsque, d’un noir total, émergent seules deux paumes de mains teintées de rouge alors que le panneau situé à jardin affiche enfin l’inscription lumineuse MCMLXXXI en rouge, dont il ne restera plus que le X quelques instants plus tard, sur fond d’orage volcanique rougeoyant. Dans Œ, la précédente création du chorégraphe, une main éclairée de rouge était la dernière apparition avant le noir final. Ici, dans une succession de roulements au sol, Jazz Barbé, jouant de ses seuls avant bras émergeant du noir, révèle le caractère quasiment hallucinatoire de ce solo dansé. De son travail, Pierre Pontvianne dit : “Je ne cherche ni du sens, ni de l’étonnement, je cherche l’endroit de collision entre les deux.”

Chorégraphie : Pierre Pontvianne.
Interprétation : Jazz Barbé.
Assistante : Laura Frigato. Conception sonore, costume : Pierre Pontvianne. Lumière : Victor Mandin.

JIMMY de Pierre Pontvianne vu le 22 mai 2024 à l’Atelier de Paris, festival June Events.

Site de la Cie PARC.
Photographies Cie Parc.