I’m sitting in a room de Joanne Leighton

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I’m sitting in a room de Joanne Leighton et la compagnie WLDN au Regard du Cygne.

La bande son d’Alvin Lucier prise au mot

Tout d’abord on remarque ce (beau) marquage au sol constitué de lignes orthogonales et quelques diagonales quadrillant ainsi l’espace scénique. Le plateau encore vide, un texte est lu en voix off. Il s’agit de la traduction de la pièce I’m sitting in the room du compositeur américain Alvin Lucier qui décrit l’altération sonore qu’il va faire subir à son texte qui commence par cette phrase : « I’m sitting in the room… » et qui répété 32 fois se transformera peu à peu en une matière sonore dont tout sens aura disparu.

A tour de rôle, 2 danseuses et 2 danseurs vont investir le plateau, costumés en clown : tuniques aux couleurs vives, tâche rouge à la pointe du nez. Pour autant leurs mines ne sont ni joyeuses, ni tristes non plus. On lit plus un sentiment de nostalgie sur leurs visages. Et l’on pense un peu aux clowns mélancolique du plasticien Ugo Rondinone.

Altérer une situation banale.

Les interprètes vont faire l’expérience de s’asseoir en utilisant différentes parties du corps. Ils proposent tout d’abord des formes simples et évidentes d’assises par deux (s’asseoir sur les genoux, pieds, dos, hanches, etc.), avant d’expérimenter finalement, dans un mouvement d’altération tout aussi constant que celui qui touche le texte de Lucier, des formes plus inattendues et complexes d’assises. Ils/elles constituent ainsi des moments de sculptures en équilibre précaire, avant de s’élancer dans de nouvelles reconfigurations toujours plus subtiles et complexes détournées au final de leur objectif premier : s’asseoir.

Mais peu à peu nait cette impression qu’il s’agit moins ici de l’acte même de s’asseoir que de trouver un soutien, un étayage, voire une forme d’élévation que propose le corps de celui sur lequel on repose, même d’aussi bas que l’on puisse se tenir. Comme une petite leçon d’humanité.

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