Dans Carne, Audrey Bodiguel met en scène sa propre fin. Entre apparat de diva et dénuement de la chair, elle transforme le plateau en un étrange laboratoire funéraire. Ce solo, d’abord teinté d’humour et d’extravagance, bascule dans une exploration métaphysique de la mort et de la transformation organique.
(Mourir) seule en scène.
Audrey Bodiguel, chorégraphe, performeuse et dramaturge, accueille le public sur scène dans un costume tout de blanc, entre déguisement déstructuré de marguerite et reine des neiges, ce qui la fait se tenir dans une position étrange, un peu à la manière d’une odalisque mi-assise, mi-couchée. Tout un bric-à-brac parsème le plateau : quelques pierres regroupées, une couverture qui pend des cintres, une autre de survie, une branche d’arbre érigée, des sacs amassés, etc.

Audrey Bodiguel se présente au public : à 41 ans, nous dit-elle, elle mérite de faire enfin son premier solo qui pourrait bien être aussi son dernier. C’est ainsi qu’elle se plaît à imaginer sa propre fin. Après quelques critiques en direction de son équipe technique – le son et la lumière ne sont pas là où ils devraient être – la diva de pacotille imagine à haute voix une cérémonie funéraire à sa hauteur. Là encore elle dicte ses exigences, du moelleux confortable pour le cercueil qui devra l’accueillir aux invités uniquement vêtus de blanc.
Carne d’Audrey Bodiguel, une auto fiction funéraire.
Se débarrassant de son vêtement encombrant et peu seyant pour passer de « l’autre côté », Carne nous fait quitter le one-woman show rigolo et extravaguant du début pour nous plonger dans le dur de son sujet, sous une lumière plus crépusculaire. C’est comment mourir ? c’est quoi la mort ? Dans son errance et sa solitude post-mortem qu’elle met en scène sur le plateau, Audrey Bodiguel invente comme une autofiction, un rituel funéraire avec les moyens du bord : quelques cartons, plumes, couverture de survie (le comble pour mourir !).
Carne, c’est la chair, la viande. Celle qu’on ne veut pas voir. C’est la dépouille morte qui se décompose. Mais comment mourir proprement ? La performeuse dressera alors son propre lit mortuaire, se couvrira de feuilles pour disparaitre totalement comme pour retourner à la terre, à l’humus dans un processus de transformation naturel. Le fond de scène rougeoie longuement, prend feu. L’image est splendide même si elle fait un peu peur, car ça ressemble aux feux de l’enfer. C’est une belle fin, avec panache : retrouver de manière définitive l’horizontalité du vivant. La pièce aurait pu s’arrêter là. Audrey Bodiguel se relevant de sa crémation, poursuit pourtant encore quelques minutes avec d’autres rituels funéraires. On ne lui reprochera pas, tant sa performance se donne à voir avec la puissance d’un memento mori contemporain : « Souviens-toi que tu es en train de mourir ».
Carne d’Audrey Bodiguel vu le 15 janvier 2026 au TU de Nantes dans le cadre du festival Trajectoires.
Conception et interprétation : Audrey Bodiguel
Installation vivante et Costumes : Sophie Cardin
Éclairage des corps, des espaces et des autres possibles : Juliette Gutin
Composition univers sonore : Aude Rabillon
Dramaturgie : Jean-Philippe Derail
Accompagnement des voix : Mélanie Moussay
Carne d’Audrey Bodiguel est programmé au Théâtre de Vanves le 17 mars dans le cadre du festival Artdanthé.
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