EXALTE/Magda&Maria de Carole Quettier

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À la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, Carole Quettier fait danser Marie et Marie-Madeleine dans EXALTE/Magda&Maria au festival Faits d’hiver.

EXALTE/Magda&Maria est une création chorégraphique de Carole Quettier, interprétée en duo avec la danseuse Marie Barthélémy. La pièce était présentée en février dernier dans le cadre du festival de danse Faits d’hiver, dans le lieu exceptionnel de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière à Paris.

C’est plus précisément dans l’une des quatre chapelles du bâtiment principal que fut dansé, dans un dispositif quadrifrontal, EXALTE/Magda&Maria. Il n’était pas de meilleur endroit pour évoquer l’extase mystique à travers les deux figures féminines emblématiques de la culture religieuse occidentale que sont Marie-Madeleine (Magda) et la Vierge Marie (Maria). Au-dessus d’un petit autel trônait une statuaire de la Vierge ; aux murs étaient suspendus quelques tableaux représentant la vie du Christ.

Une pièce en trois mouvements.

EXALTE/Magda&Maria est une pièce qui se déploie en trois temps chorégraphiques, constitués de deux solos et d’un duo qui s’enchainent avec finesse et sans rupture sur le mode d’un fondu presque cinématographique entre les deux interprètes. Marie Barthélémy danse un premier solo, rejointe par Carole Quettier pour un second temps de duo. Puis la première s’éclipse pour laisser Carole danser seule. Enfin, en forme d’épilogue, les deux danseuses se retrouvent pour un bref moment commun de danse jusqu’au salut final.

EXALTE/Magda&Maria de Carole Quettier
EXALTE/Magda&Maria de Carole Quettier © cie La Volpe

Le solo de Marie Barthélémy semble explorer un espace invisible dans un état de flottement alangui. Celui de Carole Quettier, par contraste dessine un corps tendu, évoque une forte tension interne. Il aurait alors été tentant de se demander si, par ces différentes qualités, chaque solo se rapportait plus précisément à Magda ou Maria. Or comme nous l’indique la ligature « & » du titre associant étroitement ces femmes, Magda et Maria sont comme les deux faces d’une même pièce, la figure archétypale et symbolique englobant toutes les autres grandes mystiques féminines.

Une danse des sensations.

Si la chorégraphe s’est nourrie, n’en doutons pas, de l’iconographie religieuse de la peinture et de la sculpture occidentales, la danse ne rejoue pas – ni ne surjoue – les poses de l’extase, de l’adoration ou de la déploration. Elle en propose une transposition à des corps de danseuses d’aujourd’hui.

Le duo que forment Carole Quettier et Marie Barthélémy est au cœur de EXALTE/Magda&Maria. Pris entre les deux solos, il en constitue la pièce maitresse qui réunit, rend visible et sensible dans une gestuelle contemporaine, cette oscillation entre différentes qualités que traversent les interprètes, dans une forme de gémellité presque contrariée : l’élévation et la gravité, l’abandon et la retenue, le frémissement et la résistance, l’exaltation et le désenchantement. C’est dans cet écart, dans cet entre-deux permanent, dans cet espace ouvert que s’infiltre la danse de Carole Quettier et Marie Barthélémy. Une danse, éloignée de toute narration spectaculaire et dramatique, cherchant à traduire l’intensité des sensations parcourues et leurs conflictualités dans l’expérience mystique.

Un dispositif scénique et sonore dépouillé.

Le tapis blanc, les costumes sobres, l’absence d’accessoires superflus arrachent les figures mystiques à leur « folklore » visuel religieux. Le dispositif quadrifrontal déplace aussi le regard du spectateur de la frontalité du tableau bidimensionnel, image arrêtée et figée, à la multiplicité de points de vue plus à même de rendre accessible la manière dont se traduit cette expérience mystique dans le mouvement même des corps et dans un geste chorégraphique contemporain.

En parallèle, ce dispositif s’accompagne d’une partition sonore de Nastaran Yazdani qui mêle textures contemporaines (nappes électroniques, silences prolongés) à des extraits vocaux de Cecilia Bartoli en résonance avec les thèmes mystiques d’extase et d’affliction.

EXALTE/Magda&Maria révèle les qualités d’une danse qui, loin d’illustrer l’iconographie sacrée, explore ce mouvement de l’expérience mystique et la façon dont elle peut traverser de geste en geste les corps d’aujourd’hui. Une pièce qui mérite de voyager au-delà de la Salpêtrière, pour questionner plus largement ce que la danse contemporaine peut dire du sacré au féminin.

EXALTE/Magda&Maria de Carole Quettier, vu à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, le 15 février, dans le cadre du festival de danse Faits d’Hiver.
Chorégraphie : Carole Quettier.
Interprétation : Carole Quettier et Marie Bathélémy.
Musique : Immer de Pascal Dusapin par Sonia Wieder-Atherton Du ciel lointain, dans les veines de la terre le soleil coulait de Nastaran Yazdani, par Guillaume Labussière et Alexandre Perrony Sposa, non mi conosci (Merope) de Geminiano Gacomelli, par Cecilia Bartoli et Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonioni, Aria Cello solo de Boris Tchaïkovsky par Sonia Wieder-Atherton.
Costumes : Catherine Garnier.

On aura également pu voir à ce même festival Carole Quettier danser dans la dernière création d’Anne-Sophie Lancelin Les Transparents [article à lire].