Ensō – Boléro de Mickaël Le Mer

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Ensō – Boléro de Mickaël Le Mer, une relecture de l’œuvre de Ravel par le prisme du hip-hop et du break. Portée par neuf interprètes, cette chorégraphie explore la figure du cercle, du signe zen Ensō au cypher des battles, dans un crescendo visuel où la lumière tient le rôle d’une interprète à part entière.

Ensō – Boléro est la dernière création de la compagnie S’poart dont Mickaël Le Mer a pris la direction en 2007 – après y avoir été danseur – avec sa première création In Vivo. Si l’ADN de la compagnie est le hip-hop, elle s’est nourrie depuis des nombreuses collaborations avec des artistes d’autres horizons. Ensō – Boléro mêle ici hip-hop, break dance et contemporain avec aisance.

La figure universelle du cercle : du signe Ensō au Cypher hip-hop.

Ensō – Boléro est une création qui s’inscrit sous les auspices d’une triple référence. Deux d’entre elles nous sont livrées dans le titre même. Ensō est un signe calligraphique (semblable au O de notre alphabet latin) qui dans la philosophie zen signifie le « cosmos », le « vide », le « cercle » en japonais.

Boléro est une référence explicite à la partition composée par Ravel en 1928 à la demande de la danseuse Ida Rubinstein. Mais c’est surtout pour Mickaël Le Mer le souvenir de la chorégraphie de Maurice Béjart pour Jorge Donn dans le film Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. Le danseur y délivre sa danse sur une estrade circulaire en hauteur, entouré des autres danseurs.

La troisième référence quant à elle est celle du cypher, cet espace circulaire, lieu de la rencontre et de l’affrontement des danseur·euses de hip-hop et de break.

Ensō – Boléro, une calligraphie des corps.

Une première danseuse entre sur le plateau et glisse sa main dans un étroit puits de lumière tombant des cintres. Elle dessine de ses seuls doigts une danse comme une calligraphie avec ces courbes, ces pleins et ces déliés. Le faisceau s’élargit, ouvrant un premier cercle lumineux autour duquel les huit autres interprètes prennent place dans une pénombre relative. Elle en gagne le centre pour un premier solo où le corps ondule et se cambre avant d’entamer les premières figures de break, plus techniques et proches du sol.

Ensō - Boléro de Mickael Le Mer
Ensō – Boléro de Mickaël Le Mer © Nathalie Sternalski

La pièce est ainsi lancée, sur la partition sonore de David Charrier entre musique électro et percussions. Les Interprètes se lancent en solo dans les figures incontournables du break, mais pas uniquement. On y voit aussi des trios avec des échanges de partenaires, quelques portés, de grandes traversées avec des unissons qui se font en petits groupes et se défont, des marches soutenues, sauts et pirouettes, etc. autant de variations avec leurs parts d’énergie et de fluidité qui proposent alors un large éventail de situations chorégraphiques pour occuper le large plateau du théâtre des Quinconces du Mans. Les corps explorent les multiples figures circulaires que le corps peut traverser, entre spirales, ondulations, rotations sur place, ou au sol, jusqu’aux figures plus acrobatiques (coupoles et autres thomas, etc.).

Sculpter les corps et les espaces.

Le cercle est ainsi la figure centrale que décline en permanence Ensō – Boléro, largement appuyée par une machinerie de projecteurs en mouvement avec ses « douches » lumineuses s’élargissant à volonté et dans lesquelles, et autour desquelles, les neuf interprètes prennent place, entre ombre et lumière. Les projecteurs jouent ainsi leur partition chorégraphique pour accompagner celle des interprètes, variant leur hauteur, sculptant l’espace et les corps en permanence.

Ensō - Boléro de Mickael Le Mer
Ensō – Boléro de Mickaël Le Mer © Nathalie Sternalski

Pour le Boléro qui vient clore la pièce sur la partition originale de Ravel, les projecteurs dessinent neuf puits de lumière sur le plateau, reprenant, comme à son ouverture, une danse des seules mains glissées dans ces faisceaux lumineux. Le regard du spectateur se resserre alors sur une gestuelle individuelle qui se transforme en un seul unisson collectif alors que l’orchestration du Boléro, composée comme une boucle hypnotique, monte en intensité pour atteindre son climax. Ces rayons de lumière semblent créer pour chaque interprète un lien entre haut et bas dans une quête spirituelle. Dans un rituel quasi futuriste, chacun·e se retrouve en connexion avec le groupe dans un même unisson gestuel et dans une relation qui le lie à plus grand que soi : ensō, le cercle premier, celui du cosmos. Du premier geste aux derniers, la boucle est ainsi achevée.

Ensō – Boléro de Mickaël Le Mer vu aux Les Quinconces L’Espal, scène nationale du Mans le 9 décembre 2025.

CHORÉGRAPHIE : Mickaël Le Mer.
CRÉATION LUMIÈRE/REGARD EXTÉRIEUR : Nicolas Tallec.
DANSEURS INTERPRÈTES : Evan Diguet, Fanny Mansot, Vanessa Petit, Emma Rouaix, Ojan Sadat Kyaee, Bastien Roux, Tengis Jambaatsadmid, Chloé Wanner et Guillaume Joly.
COMPOSITION ORIGINALE : David Charrier et « Le boléro » de Maurice Ravel.
SCÉNOGRAPHIE :Guillaume Cousin.
COSTUMES: Élodie Gaillard.

Site de la compagnie S’poart.

9-10 déc : Les Quinconces L’Espal, scène nationale du Mans
17-18 déc : Le Grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon
9 janv : Théâtre Pierre Barouh, Les Herbiers
17 janv : Théâtre Olympia, Arcachon
23 janv : La Rotonde, Thaon-les-Vosges
28-29 janv : Le Trident, scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin
31 janv : Théâtre de Saint-Lô
5 fév : Le Majestic, Scène de Montereau
7-8 fév : Festival Suresnes Cités Danse – Théâtre de Suresnes Jean Vilar
11-12 fév : Les Gémeaux, scène nationale de Sceaux
12 mai : La Rampe, scène conventionnée d’intérêt national, Echirolles.