Ma l’amor mio non muore de Wooshing Machine

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Ma l’amor mio non muore, l’épilogue vibrant du collectif Wooshing Machine.

Sous le titre évocateur d’un mélodrame muet italien Ma l’amor mio non muore (Mon amour ne meurt pas) réalisé par Mario Caserini en 1913, le collectif Wooshing Machine, emmené par Mauro Paccagnella, Carlotta Sagna et Alessandro Bernardeschi, livre une pièce hybride qui défie les genres. Entre théâtre, performance chorégraphique, citations cinématographiques et musiques populaires, l’œuvre explore la persistance du souvenir et la beauté de ce qui reste quand tout disparaît avec une bonne dose d’humour et d’auto-dérision.

Le collectif Wooshing Machine.

Mauro Paccagnella est chorégraphe et le fondateur du collectif Wooshing Machine en 1998. Depuis une vingtaine d’années, il collabore avec le danseur Alessandro Bernardeschi. Pour Ma l’amor mio non muore créé en 2024, Carlotta Sagna, danseuse chez Anne Teresa De Keersmaeker et la Needcompany de Jan Lauwers, les a rejoints. Le trio partage une « italianité » qui infuse chaque pore de la pièce.

Ce spectacle est présenté comme l’épilogue de la Trilogie de la Mémoire, entamée notamment avec la pièce Happy Hour en 2015 et poursuivie par deux autres pièces qui questionnent le passage du temps, l’usure et la fragilité des corps et la mémoire partagée.

Ma l’amor mio non muore.

Ma l’amor mio non muore de Wooshing Machine
Ma l’amor mio non muore de Wooshing Machine © Andra Messana

Dès l’entrée en scène, les situations, références et citations s’enchaînent : chaque interprète, de noir vêtu, entre sur le plateau jonché de fleurs au son du sample This is not a love song de Public Image Ltd. Puis le trio s’avance au devant du public sur une chanson populaire, Nana de Sevilla chantée par la Argentina, célèbre danseuse du début du XXᵉ siècle, sur un texte de Federico Garcia Lorca. Changement de costume : Carlotta Sagna abandonne le sien pour un maillot rayé d’une équipe de football et Mauro Paccagnella pour une espèce de toge aux rayures verticales, un contraste graphique qui fait sourire. On assiste aux timides premiers pas de danse du trio alors que sont projetées les images d’un personnage féminin éploré d’amour tirées du film de Mario Caserini.

Se succèdent alors de multiples séquences enchâssées les unes dans les autres, accompagnées d’un large choix musical (de Blondie à Harry Belafonte en passant par Nadine Henrichs et Raffaella Carrà), alternant énergie débridée et climats plus apaisés où la tendresse complice et la solidarité entre les trois interprètes ne sont pas feintes. On s’enlace, on joue, on se traine au sol, on danse ou pas, on s’engeule un peu aussi, on se déguise avec les moyens du bord. Le plateau devient un grand terrain de jeu de plus en plus chaotique où l’autodérision le dispute au jeu d’enfant, l’humour et l’énergie potaches à la gravité.

Amour, corps et mémoire à l’épreuve du temps.

Avec le film de Mario Caserini qu’on découvre au début de Ma l’amor mio non muore et qui clôt également la pièce, d’autres inserts vidéos viennent dialoguer avec la pièce. Un extrait du film Ecce Bombo de Nanni Moretti (1978) dans lequel l’acteur réalisateur précipite sa voiture dans un ravin fait écho au final de Mauro Paccagnella décrivant, avant une dernière petite danse, le monde au bord du gouffre. Il y a aussi ces beaux portraits en noir et blanc du trio projeté sur la chanson Amarsi un po’ (s’aimer un peu) de Lucio Battisti (1977) et celui de Carlotta Sagna au côté de laquelle pose un jeune homme, un moment qui touche là le cœur de Ma l’amor mio non muore, celui de l’épreuve du temps et du corps vieillissant.

On pourrait là tirer un fil entre Ma l’amor mio non muore et cette autre pièce présentée quelques jours auparavant dans le festival Faits d’hiver : OuvrÂges une création conçue et interprétée par Lionel Hoche, Daniel Larrieu et Carlotta Sagna, un autre trio qui, réactivant la mémoire de ses premières chorégraphies, met en scène ce que fait le passage du temps sur les corps.

Avec Ma l’amor mio non muore, Mauro Paccagnella, Alessandro Bernardeschi et la formidable Carlotta Sagna transforment l’inéluctable — le vieillissement, la perte, la fin d’un monde — en une célébration collective. Un bel épilogue où l’humour sert de rempart à la gravité, et où la complicité des interprètes devient le plus beau refuge face au temps.

Ma l’amor mio non muore de Wooshing Machine vu le 10/02/2025 au Centre Wallonie Bruxelles dans le cadre du festival Faits d’hiver.

Conception et interprétation : Alessandro Bernardeschi, Mauro Paccagnella, Carlotta Sagna.
Assistance à la chorégraphie : Lisa Gunstone.
Vidéo : Stéphane Broc.
Son : Eric Ronsse.
Costumes : Wooshing Machine et Fabienne Damiean.

Le site du collectif Wooshing Machine.